Abidjan, calme et vigilance

Le soir, on sort. Dîner dans un maquis. Dans l’obscurité, on sert un délicieux poulet grillé ou un succulent poisson, le tilapia. On mange avec les doigts, assis sur des fauteuils en plastique autour d’une table bancale. Alentour, on rit, on bavarde. Quelques enfants tentent de vendre des chicklets, une bouteille d’eau, quelques paquets de mouchoirs en papier. D’autres s’affairent à ordonner le petit flot de voitures qui cherchent stationnement. La nuit est gaie.

En rentrant à l’hôtel, la voiture des casques bleus qui était là ces derniers soirs brille par son absence. Les portes vitrées du hall d’entrée dégoulinent de condensation. Dehors,  30%. Dedans, le souffle glacé de l’air conditionné. Les gouttes d’eau glissent sur les autocollants blancs et rouges interdisant d’entrer avec sa kalachnikov. L’interdiction de fumer dans les locaux publics n’a pas atteint les rivages ivoiriens. Le patron d’une organisation de producteurs de cacao se promène avec ses trois téléphones portables. Il est en permanence escorté par deux militaires. Dans les rues du Plateau, le quartier administratif, la circulation est interdite quelques minutes pour laisser passer le cortège du président Ouattara. Des sirènes de police, des auto-mitrailleuses encadrent la voiture présidentielle. Cela ne respire pas la tranquilité. Il faut se souvenir d’où l’on vient. Dans les campagnes, cette crainte pousse le président d’une coopérative  de producteurs de cacao à circuler escorté. Interdiction de filmer sa voiture. La Côte d’Ivoire n’a pas fini de panser ses plaies.

Abidjan sous la pluie

Abidjan sous la pluie pour le début du tournage d’un nouveau documentaire télé, consacré au marché mondial du cacao. Le sujet est passionnant, parfois brûlant voire explosif tant il met d’intérêts en jeu. A suivre…..

Fillon à Abidjan tâcle Eva Joly au mépris de l’histoire ivoirienne

Le plus incroyable dans les propos du Premier Ministre François Fillon est qu’ils aient été tenus à Abidjan. Abidjan, capitale d’un pays ruiné et déchiré par plus de dix ans de guerre civile, ouverte ou larvée. Un conflit qui a éclaté pour la raison, parmi beaucoup d’autres, que les dirigeants ivoiriens de la fin des années 90, en particulier l’ancien Président Henri Konan Bédié, ne voulaient pas voir leur rival Alassane Ouattara arriver au pouvoir. Les partisans de Bédié lui déniaient la nationalité ivoirienne au motif d’une naissance supposée au Burkina-Faso. Ouattara bi-national ne pouvait donc être président…Etant bi-national, il n’aurait pas été pénétré d’une connaissance suffisamment intime de l’âme ivoirienne. Un pays dont il avait été pourtant été le Premier Ministre

Foulant le sol d’une Côte d’Ivoire en lambeaux, François Fillon n’a pourtant pas hésité à avoir recours à destination de la France à une argumentation qui a provoqué la ruine  du pays qu’il visitait. Puisqu’Eva Joly n’est pas née en France, elle n’en connaîtrait pas bien l’histoire et n’en maîtriserait pas les codes. Sa candidature à la Présidence de la République serait illégitime. Une manière de dire aux incendiaires ivoiriens qu’ils avaient raison d’inventer le problème de l’ “ivoirité” et de déchaîner les haines les plus recuites.

Mais depuis le discours africain de Nicolas Sarkozy, tout le monde sait que l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire et n’a pas de mémoire ! On peut donc parcourir ce continent en y racontant n’importe quoi, en y ayant recours aux arguments les plus nauséabonds, au mépris d’événements pour le moins douloureux et sanglants qui viennent de s’y dérouler.

“Main basse sur le riz” une nouvelle récompense

Après le Fipa d’or décroché au festival de Biarritz au mois de Janvier 2010, le film documentaire Main Basse sur le riz, dont je suis le coauteur avec Jean Crépu, vient de décrocher une nouvelle récompense. Cette fois-ci, il s’agit d’une Etoile décernée par la SCAM, la Société des auteurs multimédias. Tous les ans, la SCAM décerne une étoile à trente films remarqués par la profession. Vous trouverez plus de détail ici.

Aux étonnants voyageurs, à Saint Malo

Je suis invité au festival des étonnants voyageurs qui se tient tous les ans à Saint-Malo. Cette année, c’est du 10 au 13 juin, donc le week-end prochain. Le film “main basse sur le riz” y sera projeté. J’y parlerai de mon livre éponyme. Et le week-end suivant, je suis à la médiathèque de Biarritz pour les mêmes raisons, très exactement le 18 juin.  A bientôt…

Pour plus de détails, on peut aller sur ces sites :

www.etonnants-voyageurs.com/

http://www.biarritz.fr/Website/site/fra_culture_livreetlecture.htm

Année du Mexique : deux cent universitaires français lancent un appel à Sarkozy

Deux cent universitaires français lancent un appel au Président Nicolas Sarkozy. Ils lui demandent de revenir sur ses déclarations concernant l’année du Mexique en France. Voici le texte de ces signataires et leurs noms

La décision de la justice mexicaine concernant le jugement de Florence Cassez a déclenché depuis quelques jours en France une série de réactions de la part du gouvernement, des partis politiques et des médias qui viennent d’aboutir à un énorme fiasco. Nous avons assisté à une montée en puissance de prises de position, depuis la déclaration de la ministre des Affaires Etrangères refusant de participer aux manifestations prévues pour l’Année du Mexique en France et l’appel de Martine Aubry demandant aux collectivités locales socialistes de boycotter ces mêmes manifestations et d’annuler celles qui dépendent d’elles. Le 14 février, en dédiant l’année du Mexique en France à Florence Cassez, Nicolas Sarkozy a pris une lourde responsabilité. On ne peut demander à des artistes, des écrivains et des scientifiques français, aussi bien que mexicains, d’accepter d’être utilisés comme moyen de pression dans des affaires qui relèvent de la justice et de la diplomatie. Ce n’est pas acceptable pour nous Français, pas plus que pour nos collègues mexicains. C’est un mélange des genres inadmissible qui a débouché sur la décision, logique, du gouvernement mexicain de se retirer.

L’année du Mexique est un événement destiné à mieux faire connaître ce pays. En aucun cas, elle ne peut être instrumentalisée par les gouvernements comme moyen de pression sur une affaire qui relève du pouvoir judiciaire mexicain et de la diplomatie française. Nous réaffirmons notre attachement aux relations scientifiques, culturelles et humaines avec des partenaires qui nous ont toujours accueillis avec respect, attention et amitié et dont beaucoup d’entre eux ont choisi de faire leurs études en France et de travailler ensuite avec nous.

Nous demandons au président de la République française de revenir sur sa décision de dédier l’Année du Mexique en France à Florence Cassez et réaffirmons notre amitié au Mexique.

Danièle Dehouve, directeur de recherche CNRS, directeur d’études EPHE, Marie-France Fauvet-Berthelot, Musée de l’Homme, Alain Musset, directeur d’études EHESS,Françoise Lestage, Professeur Université Paris-Diderot, Marguerite Bey, IEDES-Université Paris I, Claude Bataillon, CNRS,Jean Rivelois, IRD, Helios Figuerola, EREA, Gregory Pereira, CNRS,Olivia Kindl, El Colegio de San Luis, Mexique, Joëlle Chassin, Professeur Université Paris III, Julie Devineau, sociologue, Anne-Marie Vié-Wohrer, Ecole du Louvre/EPHE, Patrick Menget, directeur d’études EPHE,  Anne-Marie Losonczy, directeur d’études EPHE, Marie-France Prévôt Schapira, Professeur Université Paris 8-Creda, Anath Ariel de Vidas, CNRS-EHESS,  Gilles Bataillon, directeur d’études EHESS, François Lartigue, CIESAS, Mexique, Danielle Zaslavsky, El Colegio de Mexico, Mexique, Marc Thouvenot, directeur de recherches CNRS, Eliane Daphy, ethnologue, ingénieure CNRS, Valentina Vapnarsky, directrice du Centre EREA-CNRS, Karine Tinat, professeur chercheur, El Colegio de México, Mexique, Michel Tibon-Cornillot, EHESS, Irène Bellier, directrice du Laboratoire Anthropologie des Institutions et des Organisations Sociales-EHESS, Claude Stresser-Péan, ethnologue, Serge Gruzinski, directeur de recherches CNRS, Directeur d’Etudes EHESS, David Robichaux, professeur, Universidad Iberoamericana, Mexique, Brigitte Faugère, MC, Université Paris Philippe Macaire, anthropologue, Martine Dauzier, Université Paris Est Crétei, Hélène Rivière d’Arc, CNRS, Guilhem Olivier, UNAM-IIH, Mexique, John Landaburu, directeur de recherches CNRS, Charlotte Arnauld, directeur de recherches CNRS, Bernard Vincent, directeur d’études EHESS,  Sophie Fisher, EHESS, Patrice Melé, professeur Université de Tours, Jean Meyer, CIDE, Mexique, Claudia Cirelli, UMR CITERES-Université de Tours,  Chantal Cramaussel, El Colegio de Michoacán, Mexique, Isabelle Rousseau, Professeur, El Colegio de México-CERI Sciences Po Paris, Pascal Mongne, Cours Arts des Amériques, Ecole du Louvre, Nadia Prévost Urkidi, Université du Havre, Nicolas Ellison, EHESS, Toulouse, Eric Taladoire, Professeur, Université Paris I, Kali Argyriadis, IRD-CIESAS Mexique,Maria Eugenia Cossio-Zavala, professeur, Université Paris III, Annick Lempérière, Université Paris I, Séverine Durin, CIESAS Monterrey, Mexique, Virginie Baby Collin, Université de Provence, Elodie Dupey García, UNAM-IIH, Mexique, Afranio Garcia, EHESS,  Marie-Carmen Macias, CEMCA, Mexique, Nadine Béligand, CEMCA, Mexique, Lionel Massun, Mexique, Catherine Massun, Mexique, Anthony Stanton, El Colegio de México, Mexique, Magali Demanget, Université Paul-Valéry, Montpellier 3, Catherine Paquette, IRD, Michel Bertrand, Université de Toulouse-IUF, Eva Lemonnier, UMR 8096-CNRS, César Itier, INALCO, Nathalie Ragot, Université Paris VII, Cécile Gouy-Gilbert, anthropologue, David Recondo, Sciences Po CERI Paris, Josyane Bouchier, Consultant en développement, Marion Du Bron, Oaxaca, Elizabeth Cunin, IRD Philippe de Carlos, Association imp-Actes, Marie-Laure Coubès, El Colegio de la Frontera Norte, Mexique, Lise Andries, directrice de recherche, CNRSPhilippe Desnoues metteur en scène et comédien, Véronique Darras, CNRS, directrice de l’UMR archéologie des Amériques, Jérôme Monnet, professeur, Université Paris-Est Marne La Vallée, Laure Déodat, ingénieure, CNRS, Nestor Ponce, directeur ERIMIT, Université Rennes 2, Vincent Boukefa, INALCO, Paulina Velazquez Oviedo, Université Paris VIII,Alain Breton, directeur de recherches CNRS,  Migeon Gérald, archéologue, conservateur en chef du patrimoine et UMR 8096, CNRS, Elena Cuq-Monge, EHESS-Paris, Loïc Menanteau, Laboratoire Géolittomer, UMR 6554 LETG, CNRS-Université Nantes,Claude Gilbert, CNRS, Vincent Chamussy, CNRS, Olivier Dabène, professeur de sciences politiques, Sciences Po, Patrice Gueniffey, EHESS,  Christine Frerot, EHESS, Olivier Puaux, Ingénieur de recherche, DRAC-Service régional d’archéologie d’Île-de-France, Christian Gros, Université Paris III, Jean-Paul Duviols, Paris, Sorbonne, Kevin Pereira – IFSTTAR, Pierre Salama, Stéphane Corcuff, politiste, Université de Lyon, Luc Capdevila, Université de Rennes II, Bernard Grunberg, Professeur, Université de Reims, Christian Rinaudo, Université de Nice-Sophia Antipolis, URMIS, Aurélie Couvreur, UMR 8096, CNRS, Frédéric Saumade, Université de Provence-IDEMEC Aix-en-ProvenceJean-Michel Beaudet, Maître de Conférences, Université Paris OuestGeorges Couffignal, Professeur Université Paris III, Elisabeth Ramírez, professeur, Mexico, Thérèse Romero Foucaud, professeur, Mexico, Simone  Emond Ugarte, Paris et Mexico, Bernadette Peiffer, Puerto-Vallarta, Mexique Henri Piquer, Proviseur Honoraire, Ed. Nat. Evelyne Zylbermann, MexicoRigas Arvanitis, American University of Beirut (AUB) et (CNRS-Liban), IRD,Camille Foulard, UNAM-IIH, Mexique,  Carinne Chavarochette, CREDA,  Pierre Ragon, professeur, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Odile Hoffmann, IRDChristian Grataloup, professeur, Université Paris VII, Nicolas Pernet, géographe, Master II à Paris I/ENS-Ulm et Aix-Marseille I, Marie-Claude Chaput, Professeur, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Nathalie Jammet-Arias, Maître de Conférences, Paris Ouest, Etudes hispaniques et hispano-américaines,Olivier Compagnon, MCF en histoire, Paris 3, IHEAL, et beaucoup d’autres……

 

Affaire Cassez : incompréhensible stratégie française

Après l’arrêt de la Cour de cassation mexicaine confirmant que la française Florence Cassez resterait 60 ans derrière les barreaux pour des faits qu’elle n’a pas commis, Nicolas Sarkozy a entamé la partition qu’il connaît par coeur : des bisous à la famille de la victime, des promesses en l’air et le gros bras en direction des vilains. Traditionnellement, cette palinodie est limitée à l’hexagone. Comme dans la toute récente affaire Laetitia, toute famille dont un membre a été victime d’un crime qui émeut l’opinion publique a une bonne chance d’être reçue à l’Elysée et raccompagnée sur le perron du palais présidentiel. Quand Jacques Chirac entonnait ce genre de  refrain, on parlait de “politique compassionelle”. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy fait du “‘populisme pénal”. Sur le plan intérieur, ce populisme pénal fait fi de la plupart des règles qui devraient régir le fonctionnement de l’état républicain. Mais c’est quand il s’applique à la diplomatie française que ce “populisme pénal” fait immédiatement le plus de dégâts.

Peu après son arrivée au pouvoir, l’actuel président de la République avait fait de l’affaire Ingrid Betancourt une affaire d’état. Multipliant les déclarations et les propositions, le chef de l’état français s’était couvert de ridicule en revendiquant un quelconque rôle dans la libération de l’ancienne candidate à la présidence colombienne, alors qu’il l’avait apprise après-coup. Dans l’affaire Florence Cassez, Nicolas Sarkozy multiplie aussi les fautes. Lors de son déplacement au Mexique, il a commencé par se faire héberger par les milieux narcotrafiquants, humiliant du même coup le président Calderon. Les Mexicains ont l’honneur national chevillé au corps. Ils ont trop souffert de la présence du grand voisin nord-américain pour supporter l’intromission d’une puissance étrangère dans leurs affaires intérieures. Dès lors, les tentatives françaises pour faire libérer Florence Cassez, au sort de laquelle on ne peut que compatir, étaient vouées à l’échec. En réduisant maintenant l’année du Mexique en France à peau de chagrin, en la transformant en arme de combat, Nicolas Sarkozy ne fait qu’accroître le sentiment d’humiliation que peuvent ressentir les officiels et le peuple mexicain. Tous les gonflements de pectoraux sarkozystes ne font que retarder le retour en France de Florence Cassez. De sa cellule, celle-ci a d’ailleurs commencé à le comprendre qui, contre l’avis de sa famille, ne voulait pas d’une annulation de l’année du Mexique en France.

Les liens correspondant à cet article

Sur ce blog, un précédent papier

jpboris.wordpress.com/category/amerique-latine/

Ailleurs

http://www.liberation.fr/politiques/0101555230-vacances-mexicaines-les-sarkozy-ont-ete-les-invites-du-president-calderon

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ingrid-betancourt-sarkozy-determine_464524.html

http://www.lepoint.fr/monde/florence-cassez-sarkozy-la-france-est-determinee-a-resoudre-le-probleme-15-02-2011-1295424_24.php

Matières premières : Sarkozy s’illusionne

Nicolas Sarkozy est monté sur son destrier, a coiffé son heaume, baissé la visière et le voilà lancé depuis le début de la semaine dans une chevauchée qu’il veut héroïque contre les spéculateurs, les méchants spéculateurs qui affament le pauvre monde et s’en mettent plein les poches. Il avait entamé sa cavalcade lundi dernier devant un parterre de journalistes et de diplomates. Il l’a poursuivie ce jeudi 27 janvier, à Davos, face à de grands chefs d’entreprises.

Sarkozy a une thèse et il s’y tient : l’incroyable envolée du cours des matières premières est essentiellement due à la perversité des marchés financiers qui spéculent à la hausse sur les cours des matières premières, en particulier des matières premières agricoles, celles qui aboutissent dans nos estomacs.

Pour avoir récemment pondu un livre sur le sujet,“main basse sur le riz” et un film (même titre) avec Jean Crépu, pour avoir donc enquêté jusqu’aux tréfonds des marchés, pour avoir travaillé sur la question depuis une bonne dizaine d’années sous de multiples angles, il me souvient qu’effectivement, la dernière crise alimentaire, provoqué par la flambée des cours du riz, devait beaucoup à la spéculation à tous les niveaux. A tous les niveaux, sauf un : celui des marchés financiers. Car, le riz n’est pas coté sur les bourses des matières premières (un peu à Chicago, mais un volume de contrats très faible) et donc les financiers ne peuvent mettre leur grain de sel, leur grain de folie.

Les égoismes nationaux

Factuellement parlant, c’est l’Inde qui avait déclenché le vent de panique en cessant d’exporter son riz parce que le gouvernement indien avait peur d’un effet domino : des cours mondiaux du blé très élevé, des acheteurs qui se reportent sur le riz, qui vont acheter en masse du riz indien, donc le riz indien va monter donc, pour l’éviter, on ferme les frontières. Conséquence : en Inde, le prix du riz était resté stable mais partout ailleurs il avait explosé.

A  l’époque on en était arrivé à craindre une véritable pénurie de riz. La crainte avait pu prendre forme pour une raison simple : la consommation mondiale de riz progresse beaucoup plus vite que la production. Le jour où les deux courbes se rejoindront, cela fera mal. Le même raisonnement peut être tenu à l’heure actuelle pour les autres grandes céréales. Chinois et Indiens en veulent de plus en plus, mais pour de multiples raisons, (cataclysmes météorologiques, manques de terres, préférence donnée à d’autres cultures)  la production ne suit pas.

Et la production ne suit pas parce qu’on a massivement désinvesti l’agriculture mondiale au cours des dernières années, en particulier dans les pays en développement, surtout en Afrique. Si un plan Marshall mondial était conçu pour relancer la production agricole, si des priorités internationales étaient fixées sur le moyen terme, si des ressources considérables étaient accordées à la recherche agronomique, la crainte d’une rupture d’approvisionnement, moteur principal de la spéculation, s’amoindrirait. Et les spéculateurs n’auraient plus qu’à se tourner vers d’autres horizons moins vitaux pour l’humanité.

Ce que Nicolas Sarkozy combat sur son beau destrier n’est que la surface des choses. Le président de la république française s’en tient aux apparences. Il combat un mirage. Cela fait plus de bruit médiatique que la relance de l’agriculture. Mais cela n’évitera pas de nouvelles crises.

La bonne fréquentation 2010 de ce blog

Selon les administrateurs de WordPress, ce blog, que vous me faîtes l’amitié de fréquenter, a enregistré au cours de l’année 2010 un très bon niveau de consultations. “Wow” disent-ils. Cela reste quand même modeste. On continuera si vous le voulez…..La suite, en anglais.

Healthy blog!

The Blog-Health-o-Meter™ reads Wow.

Crunchy numbers

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A Boeing 747-400 passenger jet can hold 416 passengers. This blog was viewed about 7,700 times in 2010. That’s about 19 full 747s.

In 2010, there were 50 new posts, growing the total archive of this blog to 68 posts. There were 32 pictures uploaded, taking up a total of 39mb. That’s about 3 pictures per month.

The busiest day of the year was March 8th with 150 views. The most popular post that day was Main basse sur le riz, le livre.

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The top referring sites in 2010 were mail.yahoo.com, mail.live.com, television.telerama.fr, fr.wordpress.com, and facebook.com.

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Attractions in 2010

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1

Main basse sur le riz, le livre March 2010

2

Qui suis-je ? November 2009

3

Sur la situation à RFI November 2009

4

Du riz en or January 2010
20 comments

5

Coton africain, coton américain, même combat ? January 2010

Quand Laurent Gbagbo s’invite aux fêtes de fin d’année

En cette période de fin d’année où les repas familiaux ou entre amis se multiplient, j’ai été frappé par l’omniprésence du dossier ivoirien dans les conversations. Même des parents ou amis peu familiers des questions internationales et peu intéressés par l’Afrique se sentent concernés. Peu de ces rencontrent festives échappent à la règle : on parle de Laurent Gbagbo et de la Côte d’Ivoire, on s’intéresse au destin de ce pays.

Les déclarations de l’ambassadeur ivoirien aux Nations-Unies, celui nommé par Alassanne Ouattara, évoquant la perspective d’un génocide en Côte d’Ivoire font des vagues jusque sur les nappes bien mises, sur les tables bien dressées des parisiens en fête.

Un scénario à la rwandaise

Ayant assidûment fréquenté les coulisses du marché du cacao et ne les ayant jamais réellement désertées, j’ai donc évoqué le sujet avec un ami ayant longtemps vécu en Côte d’Ivoire, y ayant travaillé dans le monde de la cabosse et n’ayant pas d’attache particulière avec un clan ni avec l’autre. Cet ami a conservé à Abidjan et ailleurs dans le pays, en particulier dans la boucle du cacao, de nombreux contacts. Ses avis me semblent très pertinents et j’y attache beaucoup de crédit.

Pour lui, il n’y a pas de doute. Se prépare en Côte d’Ivoire un massacre de grande ampleur. Il évoque même un “scénario à la rwandaise” dont les principales victimes seraient les ivoiriens d’origine étrangère installés depuis des générations dans les zones paysannes du pays. Cet ami a le plus grand doute quant à la réalité des négociations en cours entre Laurent Gbagbo et les trois présidents africains missionnés par la CEDEAO : “s’ils négocient vraiment, ils vont se faire rouler dans la farine….Chaque camp semble vouloir gagner du temps, mais à ce jeu, Gbagbo a largement prouvé qu’il est le plus fort. On ne négocie pas avec Gbagbo, on lui laisse du temps pour vous berner….Et en l’occurence, on rend de plus en plus difficile la situation des fonctionnaires civils et militaires qui sont du côté de Ouattara mais n’osent pas s’exprimer et qui sont en première ligne pour les épurations staliniennes.

Un scénario colonial

Pour sauver la population ivoirienne de ce qu’il qualifie “d’apocalypse nationale” cet ami ne voit qu’une solution : l’intervention militaire étrangère sous bannière africaine, avec les soldats du président nigérian Goodluck Jonathan et le renfort des services français et américains. Certes, cela a de forts relents de colonialisme éculé mais toujours selon cet ami, cette intervention urge “avant qu’il (Gbabgo) fasse trop de dégâts dans son pays et s’arrange pour faire passer le génocide qu’il programme sous la responsabilité de l’ONU et de la France.

Ce que cet ami très bien informé dit me rappelle une autre scène de conflit et un autre personnage : la Serbie et Slobodan Milosevic. En cette fin d’année, mon seul voeux est que les intuitions de cet ami soient erronées