Le soir, on sort. Dîner dans un maquis. Dans l’obscurité, on sert un délicieux poulet grillé ou un succulent poisson, le tilapia. On mange avec les doigts, assis sur des fauteuils en plastique autour d’une table bancale. Alentour, on rit, on bavarde. Quelques enfants tentent de vendre des chicklets, une bouteille d’eau, quelques paquets de mouchoirs en papier. D’autres s’affairent à ordonner le petit flot de voitures qui cherchent stationnement. La nuit est gaie.
En rentrant à l’hôtel, la voiture des casques bleus qui était là ces derniers soirs brille par son absence. Les portes vitrées du hall d’entrée dégoulinent de condensation. Dehors, 30%. Dedans, le souffle glacé de l’air conditionné. Les gouttes d’eau glissent sur les autocollants blancs et rouges interdisant d’entrer avec sa kalachnikov. L’interdiction de fumer dans les locaux publics n’a pas atteint les rivages ivoiriens. Le patron d’une organisation de producteurs de cacao se promène avec ses trois téléphones portables. Il est en permanence escorté par deux militaires. Dans les rues du Plateau, le quartier administratif, la circulation est interdite quelques minutes pour laisser passer le cortège du président Ouattara. Des sirènes de police, des auto-mitrailleuses encadrent la voiture présidentielle. Cela ne respire pas la tranquilité. Il faut se souvenir d’où l’on vient. Dans les campagnes, cette crainte pousse le président d’une coopérative de producteurs de cacao à circuler escorté. Interdiction de filmer sa voiture. La Côte d’Ivoire n’a pas fini de panser ses plaies.
C’est mieux qu’une photo pour y être.