Coton africain, coton américain, même combat ?

Un grand raout cotonnier a  eu lieu du 4 au 7 janvier 2010 à La Nouvelle Orléans. Tout ce que la CottonBelt américaine compte de cultivateurs, d’experts, de fournisseurs, était là. Cela s’appelle Beltwide Cotton Conferences. Les participants étaient invités à y venir en famille. Des programmes de divertissements étaient prévus pour les épouses de ces messieurs. Elles pouvaient aller visiter les grandes et belles demeures des anciens maîtres du coton. Le soir, à table, on pouvait échanger des tuyaux sur le métier ou rigoler. On imagine aisément que les participants se tapaient sur les cuisses en évoquant l’un des derniers communiqués du National Cotton Council, le lobby cotonier américain.

Le 4 décembre dernier, en effet, les responsables du National Cotton Council se sont lancés dans une tentative de séduction des producteurs ouest-africains de coton. Depuis des lustres, du Burkina Faso au Mali en passant par le Tchad, les Africains se plaignent des subventions dont bénéficient leurs concurrents américains. Ils affirment que ces subventions faussent la concurrence internationale et les ruinent. D’ailleurs, en cinq ans, la production ouest-africaine de coton a chuté de moitié. Elle n’est plus que de 500 000 tonnes.

« Nous ne sommes pas responsables » clament maintenant les producteurs américains. « Notre production a chuté constamment depuis 2005 ». Et d’enchaîner : « les Africains feraient mieux de concentrer le tir sur les pays dont la production augmente vraiment grâce à des subventions gouvernementales et  des barrières douanières protectionnistes ». Trois pays sont dans le collimateur des Américains : le Brésil, qui les a fait condamner par l’OMC pour distorsion de concurrence, l’Inde et la Chine. Les Américains affirment donc subir la même concurrence que les Africains : celle des trois grands pays émergents. « Si vous voulez engager une action contentieuse à l’OMC, disent les Américains, visez ces trois nations, et pas nous ».

Cette argumentation est rien moins que spécieuse. Comment en effet comparer la production et les conditions de production des quelques 25 000 exploitants américains qui font officiellement du coton et celles des millions de petits paysans africains dont la subsistance dépend en partie de cette activité. Comment comparer les subventions américaines, même si il y a des réformes, et les prix de vente dont bénéficient les cultivateurs africains ? De plus, la mécanisation totale des exploitations américaines, leur système de commercialisation permet de passer sans problème d’une culture à l’autre, d’une année à l’autre. Le coton baisse ? On fait du soja. Le soja baisse ? On retourne au coton. Ou on fait autre chose.

Quand le lobby cotonnier américain essaie d’entraîner les Africains dans son combat contre la concurrence, ce n’est donc pas au profit des Africains. Le National Cotton Council tente la même manoeuvre que celle engagée avec succès dans les années 2000 par les Brésiliens, qui avaient enrôlé les Africains dans leur campagne contre les subventions américaines. Avec le résultat qu’on sait : l’OMC a condamné les Américains à dédommager les Brésiliens. Quant au coton africain, lui, il semble condamné……..à un inexorable déclin.

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