Haïti, que dire ?

Bien sûr, j’ai beaucoup à dire sur mes sujets de prédilection. Mais après ce qui s’est passé en Haïti, tout cela semble si ridicule. Il me faut un peu de temps. J’ai appris que l’ancien ministre de la santé Daniel Henrys et ses deux filles étaient sains et sauf. A la rue mais en vie. Que l’ancienne Premier Ministre, Michèle Pierre-Louis Duvivier était aux Etats-Unis au début de la semaine. Pas de nouvelle par contre de Ronald Colbert, journaliste avec lequel j’avais travaillé lors de mon dernier séjour haïtien. Pas de nouvelle non plus de Vario Sérant, ancien rédacteur en chef de la télé haïtienne et qui avait rejoint il y a peu les organisations internationales sur place. Et encore moins de nouvelles de tous ceux que j’avais croisé dans les quartiers de Jalousie, de Cité l’Eternelle ou dans les villes de province.

A Jalousie, grâce à l’aide de la coopération canadienne et de la française, ils avaient réussi à construire un réseau de distribution d’eau. Un réservoir et des points de distribution auxquels les dizaines de milliers d’habitants venaient s’approvisionner en remplissant des seaux. Il ne reste plus rien de tout cela,de ces années d’effort, à bitumer les ruelles en pente de Jalousie, à installer de petites échoppes le long des venelles. « La vie est dure » me disaient les habitants de Jalousie. Tout ce peu qui avait été construit n’est plus. A Cité l’éternelle, un marchand de télés et radios faisait hurler les décibels. Il rentrait de France, de Clermont-Ferrand, où il avait passé des années. En face de son local, le poste médical était nu : une table, des chaises, rien d’autre. Pas de médicaments, encore moins d’équipement.

Bien sûr, il faudra reconstruire les bâtiments officiels, les buildings de bureaux, les résidences qui ont explosé sous la violence de la secousse sismique. Mais, déjà, les secouristes sur place se rendent à l’évidence, il est difficile d’aider, d’avancer.  Dans un pays qui était déjà sous-équipé, où les infrastructures essentielles étaient rares et branlantes avant la catastrophe, la tâche qui attend les équipes d’intervention est titanesque. Il faudra du temps. Lors des cyclones de l’année 2008, les équipes d’assistance avaient eu bien du mal à rejoindre la ville des Gonaives, ensevelie sous les flots et la boue. Il avait fallu s’obstiner. Il faudra s’obstiner.

On peut compter sur la grosse machine américaine qui s’est mise en branle : navires hopitaux, porte avion à propulsion nucléaire, milliers de soldats sur le terrain. Mais, au delà de l’objectif humanitaire, au-delà de l’objectif politique, donner de l’Amérique d’Obama l’image d’un pays généreux et altruiste qui n’intervient pas seulement à l’étranger pour faire la guerre, la mobilisation américaine a bien sûr pour but de remettre sur pied ce qui peut l’être au plus vite pour éviter une vague migratoire qui déferlerait sur les côtes de Floride. L’Amérique va aux Haïtiens pour éviter qu’ils viennent à elle.

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3 réponses à “Haïti, que dire ?

  1. Hola, Jean Pierre.
    Estoy en Viena, soy periodista para la tv austriaca ORF y para la radio RFI. Hemos hablado por teléfono hace dos anos, cuando yo iba a viajar a Haiti. Tú me diste el contacto con Rionald Colbert. Veo que quieres saber su paradero, Yo también. Surfeando por internet me parece haber visto que está escribiendo, pero no estoy segura. Por favor, si tienes noticias, házmelas llegar. Yo también te comunicaré.
    Según lo que leo en internet, el escritor Franketienne, nominado para el nobel, está bien . Y también Pierre Leger, productor de vetiver. Son dos de las personas que entrevisté y , dada su celebridad, resulta más fácil saber qué es de ellos.

    un abrazo desde Viena

  2. Je sens dans ces dernières lignes de ce « Que dire sur Haïti », un syndrome qui me pose question et que je résumerai ainsi :
    Attention, je vais vous expliquer les arrières pensées américaines, car les américains doivent toujours avoir des arrières pensées…. »
    Mais c’est sans doute mon esprit ultralibéral qui me joue une fois de plus des tours.
    A moins que….
    Avec mon très amical respect
    Jean crépu

    • Il ne faut pas voir le mal partout. S’interroger sur les arrières-pensées des Etats-Unis dans leur arrière-cour me semble tout ce qu’il y a de plus normal. Je ferais la même chose sur n’importe quel sujet, pour n’importe quel pays. Il n’y a pas là d’anti-américanisme primaire, pas de théorie du complot, juste une tentative pour aller au delà de la parole officielle et des apparences. Le contraire, ce serait de la naïveté.

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