Haïti, Ellroy, le séisme et les narcos

Dans son dernier pavé, « Underworld Usa »(éditions Rivages/Thriller),  le romancier américain James Ellroy nous plonge dans les bas-fonds de la politique américaine à une période qu’il connait parfaitement : les années 60. Kennedy et Martin Luther King ont déjà été assassinés. Edgar J.Hoover est toujours là avec ses pulsions morbides. Obsédé par la nocivité potentielle des mouvements d’émancipation de la communauté noire américaine, Hoover infiltre ces groupuscules, cherche à les pousser à la faute. Sont à la manoeuvre de vieux briscards du FBI, cassés par la vie et les saloperies commises au nom de leur chef. Ils sont alliés à des gars plus jeunes, pervers, retors, drogués, anti-communistes et criminels endurcis. Ceux-là servent de passerelle avec la mafia qui n’a qu’une obsession : déloger Fidel Castro de La Havane, tuer autant de communistes que possible. Pour base d’opération, les mafieux alliés aux dernières recrues de Hoover vont s’installer à Saint-Domingue. Ils obtiennent du pouvoir en place la construction de plusieurs casinos, de pistes d’aviations pour drainer les joueurs américains impatients de s’encanailler. La main d’oeuvre utilisée pour la construction des casinos est haïtienne. Des esclaves qui ont traversé la frontière, qu’on bat, qu’on mutile, qu’on tire comme des lapins. Ce ne sont pas des hommes, ce ne sont que des bêtes.

Et puis en traversant la frontière, les voyous américains tombent sur les « Tonton Macoutes« , les hommes de main de Duvalier, le dictateur haïtien de l’époque. Entre eux l’accord est immédiat. Ils montent des expéditions clandestines vers Cuba, dont la côte est toute proche. Du haut d’une vedette surarmée, ils mitraillent les malheureux cubains qu’ils croisent à terre. Ce sera toujours autant de communistes en moins. Mais surtout, ils se mettent au trafic de drogue. D’Haïti vers les Etats-Unis, ils inaugurent la route de la drogue.

Une route peut-être imaginaire, née de la plume de James Ellroy mais qui est au moins prémonitoire. Quarante ans plus tard, les narco-trafiquants latino-américains feront de la partie haïtienne de l’île d’Hispaniola un des principaux relais de leur pénétration du continent américain. Corrompant une police qui ne demandait qu’à l’être, profitant  du délabrement de l’appareil d’état haïtien, voire de son inexistence, les narcos colombiens, mexicains, vénézuéliens infiltreront les rouages de l’économie haïtienne.

Aujourd’hui, après que le séisme du 12 janvier 2010 a tout ravagé, qu’il ne reste plus rien de l’économie ou de l’appareil d’état, que le peuple est réduit à survivre dans les décombres des bidonvilles d’antan, que des milliers de délinquants de tous ordres se sont évadés de leurs prisons écroulées, il y a fort à parier que que les narco-trafiquants sauront se servir plus encore qu’avant d’une population aux abois et d’un pays réduit à l’état de territoire.

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Une réponse à “Haïti, Ellroy, le séisme et les narcos

  1. J’ai moi aussi été facinée par le récit d’Ellroy : comment construire un paradis pour touristes américains avec le sang des haitiens et quelques bonnes brassées d’argent sale…De quoi vous faire passer l’envie de vacances en Rep Dominicaine en tous cas (l’idée ne m’avait pas vraiment effleurée…). A noter le nom de la rivière qui sépare les deux pays (selon Ellroy, je n’ai pas vérifié) : la rivière MASSACRE !

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