En Côte d’Ivoire, »caoutchouc, c’est fonctionnaire »

« Caoutchouc, c’est fonctionnaire » voilà le nouveau refrein des paysans de Côte d’Ivoire. Le « caoutchouc, c’est fonctionnaire » parce que le caoutchouc donne des revenus aussi réguliers que ceux d’un fonctionnaire. Tous les mois, tous les quinze jours, l’entreprise qui transforme le latex sur leurs hévéas par les paysans paye ce qu’elle leur doit. Le planteur a ses arbres. Il pratique une saignée sur le tronc et installe une petite coupelle au bas de cette saignée. Tous les jours, il passe récupérer ce qu’il y a dans la coupelle. C’est du latex naturel. Et par les temps qui courent, c’est tout bénéfice. Parce que sur le marché mondial, les prix du caoutchouc sont très, très élevés.

Surtout, le « caoutchouc, c’est fonctionnaire » parce que cela change du cacao-rentier. Le cacao, dont la Côte d’Ivoire est encore le principal producteur mondial, ne se récolte que deux fois par an. Il faut aller chercher les cabosses sur les arbres, les couper en deux, les évider et faire sécher les fèves en plein soleil. Ensuite, un intermédiaire vient chercher les sacs et il les emmène vers les ports de San Pedro ou d’Abidjan où ils seront pesés, évalués et payés avant d’être exportés. Le gouvernement ivoirien a toujours considéré cette production de cacao comme sa caverne d’Ali Baba. Il prélève des taxes à n’en plus finir. Le cacao rapporte presque plus à l’état qu’aux paysans.

Au contraire, le caoutchouc n’est presque pas taxé. C’est certainement une erreur qui sera vite réparée. L’erreur  s’explique par le peu d’importance de la production de latex en Côte d’Ivoire. Historiquement, ça n’a été qu’une production marginale, bien loin derrière les volumes de cacao, de café récoltés tous les ans dans le pays. Mais si les autorités se mettent à taxer aussi lourdement le caoutchouc-fonctionnaire que le cacao-rentier, ils tueront cette nouvelle poule aux oeufs d’or avant même qu’elle ait pu prendre son envol. Car comme me le rappelle un lecteur attentif, les cours du caoutchouc sont très élastiques, très fluctuants, très sujets aux aléas du marché mondial. Ils le sont d’autant plus que les principaux utilisateurs de ce latex sont les fabricants de pneumatiques ; quelques grandes entreprises (Michelin, Firestone……) qui se comptent sur les doigts d’une main et qui ont, in fine, tout pouvoir sur ce marché. « Caoutchouc, c’est fonctionnaire ». Mais fonctionnaire, c’est pas rentier.

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