Main basse sur le riz, on en parle

Main basse sur le riz vient de paraître et déjà les médias en cause.

Première intervention sur les antennes de RFI

Prermier papier dans l’Humanité.

Main basse sur le riz, Jean-Pierre Boris, Fayard, Arte éditions, 18 euros.

Au printemps 2008, une colère attisée par la faim explosait aux quatre coins de la planète. À Dakar, à Port-au-Prince, à Manille, des milliers de personnes descendaient dans les rues, interpellaient leur gouvernement, pillaient – dans les cas extrêmes – des magasins, pour dénoncer la hausse du prix des matières premières. Ces manifestations sont restées dans les mémoires sous le nom d’émeutes de la faim. S’y glisse le souvenir diffus d’une pénurie céréalière, occasionnée par un système d’échange international qui n’a pas su – ni voulu – anticiper une baisse de la production dans les grands pays exportateurs. Ce n’est pas faux, singulièrement en ce qui concerne le blé, fleuron de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, frappées par des sécheresses répétées. Mais ce n’est pas tout non plus. Journaliste et documentariste, Jean-Pierre Boris a choisi le riz comme personnage principal. Parce qu’« un humain sur deux s’en nourrit », rappelle-t-il. Parce que, surtout, en 2008 et alors que le monde criait famine, la production de riz, elle, n’avait pas décliné. Pourquoi son prix a-t-il flambé  ? Jean-Pierre Boris est retourné à Haïti et au Sénégal, tous deux dépendants des importations de riz. Il est repassé au Mali, dont la quasi-autosuffisance agricole aurait pu laisser croire qu’il serait épargné par la crise. Il est aussi allé en Thaïlande, grand exportateur dont dépendent de nombreux pays africains. Il en a tiré un documentaire, Main basse sur le riz, réalisé avec Jean-Pierre Crépu (*), ainsi qu’un livre fraîchement édité. Il y raconte un monde où il a été décidé que certains pays produiraient et que d’autres consommeraient. Il y décrypte les mécanismes boursiers, les incompétences gouvernementales, voire la corruption. Il y dissèque une crise du marché du riz productrice de famine, dont il avance, en outre, qu’elle pourrait revenir.

Marie-Noelle Bertrand

(*) Diffusé le 13 avril sur Arte.

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2 réponses à “Main basse sur le riz, on en parle

  1. En réaction aux 5 questions posées par Jean Briselet sur son blog à propos du film et du livre sur le riz de Jean Crépu et Jean-Pierre Boris, voici quelques commentaires rapides.
    1°) Des stocks régulateurs au sein de la CEDEAO. Oui on y pense. Cela dit, non seulement ça couterait cher, mais en plus, leur gestion (où et comment stocker) n’est pas très facile à mettre en œuvre. Quoique, ce n’est pas impossible, si cela découle d’une volonté politique forte et d’une vision régionale à l’image de l’UE. Mais soyons honnêtes, ne demandons pas à la CEDEAO ce que l’UE a mis plus de 40 ans à mettre en place.
    2°) L’attitude du Bengladesh et des Philippines ? Je dirais, si l’on veut « positiver », que c’était pour atténuer les émeutes de la faim qu’on a vu dans ces deux pays (parmi bien d’autres) en 2008. Et, si on veut être un peu plus critique, j’invite tous à consulter le blog de Jean-Pierre Boris à propos des achats massifs des Philippines fin 2009. (https://jpboris.wordpress.com/2009/12/12/speculation-a-tout-va-sur-le-marche-du-riz/).
    3°) Rôle de la Chine et du Japon. Au moment de la crise en 2008, le Japon a effectivement proposé de débloquer ses stocks de riz importé qu’il conserve malgré lui. Or, il n’y a pas eu de suites car les accords de l’OMC (du GATT à l’époque) lui interdisent en principe de réexporter le riz qu’il est obligé d’importer (essentiellement des Etats-Unis). Quant à la Chine, elle est restée en effet très en retrait durant la crise, en limitant ses exportations comme les autres exportateurs. C’est sans doute la preuve que ce pays, avec l’Inde, est d’abord soucieux de l’approvisionnement de sa propre population avant celle des autres pays. Ce qui en soit est parfaitement légitime. On peut discuter sur le manque de « générosité » des deux principaux pays producteurs de riz, selon notre vision occidentale, mais n’oublions pas que, d’une part, l’aide alimentaire des pays de l’OCDE est aussi très marginale par rapport au commerce mondial, et d’autre part, l’Inde et la Chine font parti des grands exportateurs de riz, et céder, comme suggéré par J Briselet, « quelques millions de tonnes à l’Afrique », ce n’est pas commercialement très correct, , si vous me permettez l’expression. Bref, la régulation du marché mondial, que beaucoup de centrales internationales appellent de leurs vœux, n’est malheureusement pas pour demain ; libéralisme et mondialisation obligent…
    4°) Les exigences de la culture du riz. Elle est de moins en moins exigeante en main-d’œuvre. Par contre, elle est très exigeante en eau (en système irrigué ou inondé, et qui représentent plus de 85% des surfaces rizicoles dans le monde). Les contraintes et limitations futures viendront donc du coté de la rareté de cette ressource et des émissions des GES que l’on attribue à la riziculture irriguée.
    5°) Que font les grandes centrales internationales comme la BM ou la FAO ? Dire qu’elles ne font rien, ce serait très injuste . La FAO tire les sonnettes d’alarme de manière récurrente pour alerter l’opinion internationale sur les dangers qui existent d’une véritable crise alimentaire sur le long terme. Mais en définitive, ce sont aux Etats membres, et aux principaux donateurs d’agir. Une question à mon tour. Combien de chefs d’Etat étaient au Sommet de l’Alimentation à Rome en Octobre 2009 ? Disons, pas beaucoup comparé à la cohorte de chef d’Etats qui ont participé au sommet de Copenhague, ce qui n’est d’ailleurs pas un gage de succès comme on a pu hélas le voir… Moralité, et pour paraphraser le regretté Coluche : pour préserver l’environnement, ce sera très dur, mais pour finir avec la faim dans le monde sera encore plus dur !

    Bien à vous
    Patricio Mendez del Villar
    patricio.mendez@cirad.fr

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