Jean Crépu, le supplément d’âme d’un réalisateur.

Avec le réalisateur et documentariste Jean Crépu, nous présentions en avant-première parisienne, ce mercredi 31 mars, devant une salle comble « Main basse sur le riz* » le film que nous avons cosigné.  C’était deux mois jour pour jour après le FIPA d’or décerné à ce film et remis à son réalisateur. « Main basse sur le riz » entraîne le spectateur aux quatre coins de la planète, à la découverte des mille et un rouages du marché mondial du riz. L’idée de ce film est venue à Jean Crépu alors qu’il en tournait un précédent au Mali. « Comment se fait-il, s’est-il alors demandé, que les Africains consomment autant de riz venu d’Asie ». Une idée, une proposition, des mois de bataille pour arracher l’accord d’une chaîne de télévision, des mois de tournage et de montage, voilà depuis de longues années de quoi est faite la vie professionnelle de Jean Crépu. Il n’a pas le monopole de cette lutte contre et avec le monde de la télévision.

Mais à la différence d’autres qui se contentent d’explorer les coulisses d’un hexagone étouffant ou d’autres encore qui cherchent au loin le sensationnel, Jean Crépu explore les chemins détournés, secrets qui mènent vers des recoins inexplorés des reporters : ceux qui touchent à l’âme humaine. A lire sa filmographie, à voir ses films, c’est d’une incroyable évidence. Avant de se lancer dans l’aventure de « Main basse sur le riz », Jean Crépu avait raconté aux téléspectateurs l’histoire secrète de l’écriture de l’Archipel du Goulag, l’un des chefs d’œuvre littéraires du XXème siècle. A travers Moscou et les capitales européennes, le film de Jean Crépu, cosigné par Nicolas Miletitch suit les aventures d’un manuscrit, écrit et transporté dans le plus grand secret à travers le mur de fer. A la fin de son enquête, Crépu touche au but : la rencontre avec Alexandre Soljenitsyne. Cette légende de la littérature russe, contestée, réputé antipathique, est là, sous l’œil de la caméra, vieux barbu, russe de toujours, fragile, fatigué. C’est sa dernière apparition devant un objectif de caméra. Il mourra peu après. Ses mains, rescapées du goulag, de l’exil américain sont là, sur la table, tremblotantes. Jadis on aurait moulé ces doigts. On les aurait sculptés. C’est  ce que fait Crépu avec sa caméra et celle de son compère Peter Bolton.

La même remontée du temps, la même quête de l’essentiel est au cœur du film précédent « Les fantômes de My Lai ». My Lai, pour ceux qui n’en n’ont jamais entendu parler, est un village vietnamien. En 1968, 504 de ses habitants sont massacrés par des soldats américains. Des photos sont publiées  L’opinion américaine est révulsée. Majoritairement, elle veut la fin de cette guerre. Quarante ans plus tard, Jean Crépu est retourné à My Lai. Il s’y est rendu accompagné de quelques uns des hommes, anciens GI’s, ayant participé à cette tuerie.

De la confrontation entre les villageois survivants et leurs bourreaux d’hier perclus de remords et pour certains d’entre eux détruits, naissent des questions sur les ressorts du crime et sur ceux du pardon, thématiques que Jean Crépu avait déjà abordées dans un de ses premiers films consacré aux « Enfants de collabo » et à leur destin tragique, marqué par l’infâme passé de leurs pères. Crépu avait en particulier confronté les enfants Touvier au souvenir de leur enfance errante, clandestine, aux côtés d’un père traqué pour ses crimes. Ce sera une des rares concessions de Crépu aux obsessions nationales. Pour le reste, il aura préféré se pencher, toujours pour Arte, sur le sort d’enfants réfugiés aux Etats-Unis, victimes du sous-développement et des guerres. Victimes innocentes comme on dit souvent, mais qui permettent une fois encore à Jean Crépu d’exprimer ce qui est sa marque : le supplément d’âme qui habite ses films et qui est sa quête ultime.

* Main Basse sur le riz sera diffusée le 13 avril, à 20h 35 sur Arte

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Une réponse à “Jean Crépu, le supplément d’âme d’un réalisateur.

  1. Un bel hommage !

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