Les évadés de Santiago : à lire

Le 29 janvier 1990, alors que Pinochet s’apprête à laisser le palais de la Moneda, siège de la Présidence chilienne à Patricio Ailwyn, élu démocratiquement par les Chiliens, près de cinquante  prisonniers politiques se font la malle. Pendant 17 mois, dans le plus grand secret, 21 d’entre eux  ont creusé un tunnel de quelques dizaines de centimètres de diamètre. Ils ont rampé, déblayé la terre à la cuillère, consolidé les accès au conduits avec des blancs d’oeufs, organisé l’évacuation de la terre vers les combles de la prison. Pendant dix-sept mois, 21 prisonniers du Front Patriotirique Manuel Rodriguez, ont creusé dans le silence et dans le secret. Rien n’a filtré. Ni les proches qu’ils recevaient, ni leurs compagnons de détention n’ont rien su, rien deviné, rien pressenti.

C’est ce récit haletant, souvent bouleversant que font Teo Saavedra et Anne Proenza dont on retrouve avec plaisir la plume et le talent dans « les évadés de Santiago », tout juste paru au Seuil.  Habilement construit, le livre fait alterner les péripéties innombrables vécues par ces mineurs d’un nouveau genre, les relations avec l’extérieur, avec les dirigeants d’un parti qui voient cette initiative avec scepticisme, et le récit de l’enquête du magistrat nommé par la justice chilienne. Le juge  Amaya est chargé par un appareil judiciaire totalement contrôlé par les partisans de la dictature d’éclaircir ce qui s’est passé, comment le travail de titan réalisé par les prisonniers a pu passer inaperçu et s’ils ont eu des complices dans l’administration pénitentiaire.

Ce qu’il y a de remarquable dans cette échappée belle, et le livre d’Anne Proenza le restitue bien, c’est qu’elle intervient au début de la transition politique chilienne. Par leur acharnement à reconquérir une liberté dont ils ne veulent pas qu’elle leur soit rendue par un quelconque accord politique, les héros vrais de cette aventure, mettent en lumière les limites d’une société chilienne encore très archaïque, où le divorce et l’avortement sont bannis. Une société chilienne sur laquelle l’idéologie d’extrême-droite pèse encore de tout son poids. A tel point que de tous côtés, on condamnera cette évasion accusée de rompre avec l’enchantement démocratique de cette année 1989. Et que beaucoup de ces héros, auxquels « les évadés de Santiago » rend un juste et bel hommage, devront vivre longtemps encore après leur évasion dans la clandestinité ou à l’étranger.

« Les évadés de Santiago » par Anne Proenza et Teo Saavedra. Préface d’Olivier Duhamel. 300 pages. Editions du Seuil. 18, 50 euros.

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