De retour d’Afrique du sud, un petit témoignage

Je viens de passer quelques jours à Durban, en Afrique du sud, à l’invitation de l’office du tourisme sud-africain et pour le compte de mon employeur actuel, RFI. Durban, comme toute l’Afrique du sud, se prépare à recevoir la Coupe du Monde de football. La ville s’est offert à cette occasion un nouvel aéroport. Les autorités sud-africaines l’ont baptisé « aéroport international ». Mais il n’y a que deux vols internationaux qui y arrivent, l’un vient de Dubaï, l’autre de l’île Maurice. On est sur les rives de l’Océan Indien et il est difficile de l’oublier. Mon chauffeur de taxi le revendique fièrement : « je suis la troisième génération d’Indiens à vivre ici« . Un autre montre au loin une bâtisse où résida le Mahatma Gandhi. Pour la coupe du Monde, Durban a aussi construit un nouveau stade. Il est magnifique. Mais c’est dans l’ancien stade, tout proche, que nous sommes conviés à assister à un match de rugby entre les « Sharks » l’équipe locale et des visiteurs venus du Cap. Les Sharks l’emportent sans gros problème.

J’ai en mémoire le film récent de Clint Eastwood « Invictus » racontant la tentative du président Mandela de faire des Springboks, l’équipe nationale, un instrument de l’union nationale. Mandela était au pouvoir il y a vingt ans. Mais aujourd’hui encore, dans le vieux stade de Durban, le public entassé dans les tribunes est majoritairement blanc, les joueurs sur le terrain le sont aussi. Le plus spectaculaire, c’est ce qui se passe au pied de la tribune dans laquelle j’ai pris place. Un vaste espace est réservé à la jeunesse locale. Les adolescents et pré-adolescents de la bourgeoisie de Durban se rencontrent là. Le match n’a pas d’importance. On va et vient, on discute, le dos parfois tourné au terrain. Il n’y a là que la jeunesse blanche. Seule présence noire, quatre ou cinq jeunes femmes en uniforme qui surveillent le babillage blanc. Des nannies !

Je prendrai ma revanche trois jours plus tard. Parti vers l’intérieur des terres de la province du Kwazulu Natal hébergé dans un « lodge » aux prétentions très luxueuses, j’aurai le plaisir de voir une jeune Sud-Africaine noire servie à table par le patron de l’endroit, un blanc aux manières quelque peu engoncées. Nous nous arrêterons le lendemain matin sur le bord de la route, à l’endroit où Mandela fût arrêté en 1962 par la police du régime d’apartheid. Une petite stèle indique discrètement l’emplacement. Mandela ne devait recouvrer la liberté que 28 ans plus tard.

La figure du fondateur de l’Afrique du sud moderne est décidément partout. Lors d’un point de presse, une responsable nationale de l’office du tourisme sud-africain pousse le parallèle très loin : « Cette coupe du Monde, lance-t-elle, est aussi importante pour notre pays que la libération de Mandela, en 1990« .  Je suis soufflé par la comparaison. La sortie de prison de Mandela est un évènement historique. Il aura contribué à changer la face de l’Afrique du sud et donc de l’Afrique.  Quant au grand barnum qui démarre le 11 juin prochain, il n’est que la conséquence de cet évènement historique. Il attirera des touristes, placera l’Afrique du sud sous les projecteurs. Mais à la mi-juillet, tout le monde aura oublié.

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