Relativiser l’émergence de la Chine et de l’Inde, une conférence de Pranab Bardhan

Pranab Bardhan est un des économistes les plus en vue quand il s’agit de parler de développement. D’origine indienne, il enseigne à l’université de Berkeley. Il était la semaine dernière à Paris. A l’invitation de l’Ecole d’Economie de Paris, le professeur Bardhan a présenté son dernier livre : « Awakening Giants, feet of clay, Assessing ghe economic rise of China and India ». C’est un dynamitage en règle de quelques idées reçues et galvaudées.

D’abord, Pranab Bardhan tient à remettre les puissances économiques chinoises et indiennes dans une perspective historique. En 1820, rappelle-t-il, l’économie de ces deux pays représentait la moitié du PIB mondial. Selon les projections dont on dispose à l’heure actuelle et si aucun accident ne se produit avant, en 2025, elles produiront 36% de la richesse mondiale. La Chine et l’Inde ont donc pesé plus par le passé qu’elles ne le font et le feront. D’ailleurs, ajoute Pranab Bardhan, à l’heure actuelle, contrairement à ce qu’on entend et lit souvent, la Chine ne capte que 15% de la valeur ajoutée créée par l’économie mondiale. C’est à dire autant que le Japon mais moins que les USA (25%°) et que l’UE (20%)

Cela n’empêche pas les économies indiennes et chinoises, chinoises surtout, d’avoir réalisé quelques miracles. En Chine, au début des années 1980, les 2/3 de la population vivait avec moins d’un dollar par jour, sous le seuil de pauvreté. Il y avait alors 730 millions de pauvres en Chine. Un quart de siècle plus tard, en 2005, il n’y avait plus que 100 millions de citoyens chinois à vivre avec un dollar quotidien, soit 8% seulement de la population. « Jamais dans l’histoire, affirme le professeur Pranab Bardhan, on n’avait « éliminé » 600 millions de pauvres » en si peu de temps. » Comparativement, la performance indienne est moins impressionnante, même si les ‘ »pauvres » ne représentaient plus en 2005 que 24% de la population contre 42% au début des années 1980.


Cette évolution ne doit pas grand chose à la mondialisation.
Le plus gros des performances chinoises et indiennes a en effet été enregistré avant les années 90. Le phénomène clé en Chine aura été la décollectivisation des terres, à partir de 1978 et l’attribution des lopins en fonction des capacités de production et des besoins de chaque famille. Au contraire, l’Inde a laissé se perpétuer un système de grandes propriétés. La société indienne est d’ailleurs bien plus inégalitaire que la Chinoise note Pranab Bardhan. C’est vrai pour le contrôle des terres, pour l’accès à l’éducation comme pour la santé.

A bien des points de vue, les performances économiques de la Chine sont nettement supérieures à celles de l’Inde. Cela n’empêche pas Pranab Bardhan de considérer la situation politique en Chine comme beaucoup plus périlleuse qu’en Inde. D’abord parce que, quels que soient les défauts, le degré de corruption, de bureaucratie, d’inefficacité de la société indienne, c’est une démocratie qui gère ses problèmes. Au contraire, le régime autoritaire chinois ne survit que grâce à la croissance économique proche des deux chiffres. Cette cadence infernale permet au Parti Communiste « d’acheter » la fidélité et le silence des classes moyennes urbaines et des nouveaux riches.

Cependant, plusieurs dangers guettent la Chine, note Pranab Bardhan. Sur le plan démographique, la balance hommes/femmes est très déséquilibrée. Il y a en ce moment 32 millions de garçons de moins de 5 ans contre 20 millions de filles. Une situation lourde de tensions sociales. Autre point à surveiller, selon Bardhan : la situation immobilière. La bulle qui est née représente un obstacle très important à l’insertion des nouvelles couches urbaines. Mais le jour où cette bulle explosera, la situation économique chinoise sera problématique.


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