C’est la crise : halte à la corruption !

La semaine parisienne aura été marquée par un conclave d’incorruptibles au siège de la Banque Mondiale, avenue d’Iéna. Objectif de ce séminaire organisé par la World Bank et la Confédération Helvétique : faire la chasse à la corruption qui « coûte 20 à 40 milliards de dollars par an aux pays en développement ».

Sous la houlette de Micheline Calmy-Rey, ministre suisse des affaires étrangères et de Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale et figure emblématique de la Banque, pendant deux jours, représentants d’organisations gouvernementales et non gouvernementales ont discuté de la meilleure manière de faire obstacle à la captation illégale de fonds.

Selon Ngozi Okonjo-Iweala, jadis ministre des finances du Nigéria, ces milliards de dollars détournés, ce sont des millions de foyers qui ne bénéficient pas de l’eau courante, des millions d’enfants qui sont privés d’écoles, des milliers de kilomètres de route qui ne sont pas construites. En clair, cette corruption, c’est du développement en moins et de la pauvreté en plus. C’est insupportable en période normale. Et ça l’est encore plus en période de crise.

Parce que, expliquaient en substance Micheline Calmy-Rey et Ngozi Okonjo-Iweala au cours d’une conférence de presse, en période de crise, quand les pays riches luttent contre leurs propres déficits et font la chasse aux dépenses superflues, l’aide qu’ils apportent aux pays dits « en voie de développement » risque  d’en prendre un coup. Un gros coup. Donc, la corruption est un luxe que les dirigeants des pays pauvres ne peuvent plus se permettre. Taper dans la caisse quand il y a du cash, d’accord.  Mais en période de vache maigre, non !

Cependant à y réfléchir un peu, le message transmis par les organisateurs du séminaire était  ambigü.

Premièrement parce que si l’aide internationale se réduit, il y aura moins d’argent à détourner, moins de poches à remplir, moins de pattes à graisser. En période de crise, la corruption est biodégradable.

Deuxièmement, parce que, malgré les coups de bâton que la communauté internationale dit être en mesure de donner aux méchants corrompus, on n’a jusqu’à présent pas vu venir grand chose.

Troisièmement parce que ce discours me donne très fort l’impression d’être une sorte d’appel au secours des pays développés aux pays pauvres. Du genre : « arrêtez de piquer dans la caisse, on n’a plus les moyens, de la renflouer. » Inversement, on semble sous-entendre que les corrompus pourront reprendre leur petit jeu dès que les choses iront mieux.

Enfin, on ne voit pas pourquoi les banques se feraient violence alors qu’elles profitent directement des sommes dérobées qu’elles recueillent et gèrent.

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