Les pays pauvres (jadis) très endettés à un tournant

Comme tous les ans, le Club de Paris organisait il y a quelques jours une conférence dans les locaux du Ministère français des Finances. Deux tables rondes étaient consacrées au développement « soutenable ». Des personnalités de la Banque Mondiale, de l’Agence Française de Développement étaient présentes. Côté africain, le maire de Ouagadougou, le vice-président de la Banque centrale de Tanzanie et le ministre du budget du gouvernement malien, Lassine Bouarré. J’ai trouvé l’intervention de ce dernier particulièrement remarquable. Elle explique parfaitement que les pays africains les plus pauvres sont à un tournant de leur histoire économique.

Pour beaucoup débarassés d’une part essentielle de leur dette extérieure, ils doivent maintenant trouver les capitaux nécessaires à leur développement. La tâche n’est pas facile. Surtout quand ce sont maintenant les pays riches qui se débattent avec leur dette. Lassine Bouarré a d’ailleurs commencé son intervention par un petit clin d’oeil en soulignant que le Mali et les pays environnants vivaient depuis vingt ans des politiques de rigueur.

Voilà la suite de son intervention que j’ai scriptée et adaptée à une lecture sur écran :

Le Mali est un pays d’Afrique de l’ouest et fait partie d’un ensemble d’intégration économique sous-régional, l’UEMOA qui depuis les années 2000 suite à la crise de la dette a eu comme ambition majeure d’élaborer une réglementation pour maîtriser  cet endettement. Cette réglementation a été élaborée en 2007 et elle constitue le cadre référentiel de la politique de la dette pour l’ensemble des pays membres.

La crise des années 2000 avait mis nos pays dans une situation où il leur était manifestement impossible de rembourser la charge de la dette. Celle-ci est allée jusqu’à représenter 80% du PIB et souvent l’intégralité des exportations. C’est dans ce contexte là, également, que sont nées les différentes initiatives d’allégement de la dette.

Ces initiatives nous ont permis de ramener nos dettes dans des proportions très raisonnables. Dans le cas du Mali par exemple,  de pratiquement 80% du PIB dans les années 2000 elle se trouve ramenée aujourd’hui à 20% et la charge est relativement supportable. Mais cette diminution de la charge de la dette a été accompagnée d’un certain nombre de conditions : le ciblage des dépenses et surtout la limitation de la capacité d’endettement à ce qu’on appelle les « ressources concessionnelles », les emprunts qui respectent un certain nombre de critères : la durée du prêt, un minimum de vingt ans,  le différé autour de 7 ans et le taux d’intérêt qui ne dépasse pas généralement 2%.

Mais la conséquence de tout cela, c’est que ces ressources sont relativement limitées et inférieures aux besoins de financement. On est dans une situation où les ressources auxquelles nos pays ont accès ne leur permettent pas d’être sur la trajectoire du cercle vertueux de la croissance. Lorsqu’on prend par exemple le cas du Mali,  pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement, le gouvernement a élaboré un cadre stratégique de croissance et de réduction de la pauvreté qui cible un taux de croissance de 7% par an. Et pour atteindre un tel niveau, nous avons besoin d’environ 1000 milliards de Francs CFA par an. Alors que les ressources concessionnelles auxquelles on peut accéder dépassent à peine la moitié ou les 2/3 de cette somme.

On se trouve donc dans une situation où la dette est largement maitrisée à cause de ces initiatives mais où les possibilités d’endettement sont limitées et c’est pour cela que les pays comme les nôtres fondent de grands espoirs sur les ressources innovantes. Mais pour le moment ces ressources alternatives ne sont qu’un espoir et pas une réalité.

Tant que nos pays à faibles revenus n’auront pas obtenu une masse critique de capitaux pour faire face aux investissements structurants, aux investissements productifs, nous ne serons pas à l’abri d’une nouvelle crise. Simplement parce que le taux de croissance naturelle de la population, les besoins récurrents créés par ces investissements à dose homéopathique ne permettent de générer une Valeur Ajoutée importante. Et sans cette valeur ajoutée, nous ne pourrons pas nous développer par nous-mêmes.

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