Affaire Cassez : incompréhensible stratégie française

Après l’arrêt de la Cour de cassation mexicaine confirmant que la française Florence Cassez resterait 60 ans derrière les barreaux pour des faits qu’elle n’a pas commis, Nicolas Sarkozy a entamé la partition qu’il connaît par coeur : des bisous à la famille de la victime, des promesses en l’air et le gros bras en direction des vilains. Traditionnellement, cette palinodie est limitée à l’hexagone. Comme dans la toute récente affaire Laetitia, toute famille dont un membre a été victime d’un crime qui émeut l’opinion publique a une bonne chance d’être reçue à l’Elysée et raccompagnée sur le perron du palais présidentiel. Quand Jacques Chirac entonnait ce genre de  refrain, on parlait de « politique compassionelle ». Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy fait du « ‘populisme pénal ». Sur le plan intérieur, ce populisme pénal fait fi de la plupart des règles qui devraient régir le fonctionnement de l’état républicain. Mais c’est quand il s’applique à la diplomatie française que ce « populisme pénal » fait immédiatement le plus de dégâts.

Peu après son arrivée au pouvoir, l’actuel président de la République avait fait de l’affaire Ingrid Betancourt une affaire d’état. Multipliant les déclarations et les propositions, le chef de l’état français s’était couvert de ridicule en revendiquant un quelconque rôle dans la libération de l’ancienne candidate à la présidence colombienne, alors qu’il l’avait apprise après-coup. Dans l’affaire Florence Cassez, Nicolas Sarkozy multiplie aussi les fautes. Lors de son déplacement au Mexique, il a commencé par se faire héberger par les milieux narcotrafiquants, humiliant du même coup le président Calderon. Les Mexicains ont l’honneur national chevillé au corps. Ils ont trop souffert de la présence du grand voisin nord-américain pour supporter l’intromission d’une puissance étrangère dans leurs affaires intérieures. Dès lors, les tentatives françaises pour faire libérer Florence Cassez, au sort de laquelle on ne peut que compatir, étaient vouées à l’échec. En réduisant maintenant l’année du Mexique en France à peau de chagrin, en la transformant en arme de combat, Nicolas Sarkozy ne fait qu’accroître le sentiment d’humiliation que peuvent ressentir les officiels et le peuple mexicain. Tous les gonflements de pectoraux sarkozystes ne font que retarder le retour en France de Florence Cassez. De sa cellule, celle-ci a d’ailleurs commencé à le comprendre qui, contre l’avis de sa famille, ne voulait pas d’une annulation de l’année du Mexique en France.

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jpboris.wordpress.com/category/amerique-latine/

Ailleurs

http://www.liberation.fr/politiques/0101555230-vacances-mexicaines-les-sarkozy-ont-ete-les-invites-du-president-calderon

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/ingrid-betancourt-sarkozy-determine_464524.html

http://www.lepoint.fr/monde/florence-cassez-sarkozy-la-france-est-determinee-a-resoudre-le-probleme-15-02-2011-1295424_24.php

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Une réponse à “Affaire Cassez : incompréhensible stratégie française

  1. Pour Florence Cassez, c’est la double peine : les mexicains sur le dos et Sarko qui lui tire dans le dos…

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